Dimanche, le 56ème Super Bowl opposera les Cincinnati Bengals et les Los Angeles Rams. Pour arriver en finale, les deux franchises ont pris des chemins bien différents, avec des façons de se construire diamétralement opposées.

Les Bengals ne font jamais de grosses folies sur le marché des transferts et préfèrent construire à partir de la Draft. Il y a 2 ans, la franchise avait le pire bilan de la NFL, et cela leur a permis d’avoir le 1er choix. Il a été utilisé pour prendre Joe Burrow, un QB qui a rapidement changé la trajectoire de l’équipe.

Au contraire, les Rams ont mis les moyens pour revenir au Super Bowl 3 ans après leur dernière participation. Et pour s’imposer cette fois, ils ont fait venir de nombreuses stars. Le premier choix a été le recrutement de Matthew Stafford, qui n’a plus qu’un match à gagner pour prouver qu’il était l’homme providentiel. Puis la franchise de L.A a signé d’autres stars en cours de saison, comme Von Miller et Odell Beckham Jr.

La pression est donc plutôt du côté des Rams, qui sont en mission et qui ont tout misé sur cette saison. Comme c’est le cas depuis le début des playoffs, les Bengals arriveront surement un peu plus décontractés.


Sean McVay vs Zac Taylor – La nouvelle vague de coachs s’affronte

Un an après un duel entre coachs très expérimentés (Bruce Arians vs Andy Reid), le Super Bowl LVI nous offre un affrontement entre deux coachs de la nouvelle vague. Du côté des Rams, Sean McVay a 36 ans, et il a déjà marqué l’histoire il y a 3 ans en étant le plus jeune coach à apparaître en finale. Chez les Bengals, Zac Taylor à 38 ans, et il a fait ses armes aux côtés de McVay.

Pour sa 2ème saison à la tête des Rams, Sean McVay avait emmené l’équipe au Super Bowl, où il avait perdu face aux Patriots. A ce moment, un certains Zac Taylor était le coach des Quarterbacks dans son staff. Et dans un mouvement surprenant, il a été nommé coach principal des Bengals le lendemain de la défaite. Le choix de Cincinnati avait fait parler car Taylor n’affichait aucune expérience comme coordinateur ou coach principal en NFL.

« Travailler avec Sean a représenté deux des meilleures années de ma vie ».

Zac Taylor

Dans l’Ohio, Zac Taylor a hérité d’une équipe dans le dur, qui sortait d’une saison avec seulement 6 victoires et une dernière place dans l’AFC North. Sa première saison a été particulièrement compliquée, avec le pire bilan de NFL à la fin (2-14). Un résultat qui a « permis » aux Bengals d’avoir le 1er choix lors de la Draft, celui qui fera que Joe Burrow sera sélectionné. Du fait d’une blessure subie par le quarterback rookie, la saison 2018 n’a vu qu’une petite progression pour Cincinnati. Puis Burrow est revenu et la méthode Taylor a fini par porter ses fruits. Les Bengals ont doublé tout le monde pour remporter la division AFC North, et après plusieurs « upset » les voilà en finale.

« Il nous a montré que nous, les jeunes coachs, nous pouvons y arriver avec nos propres méthodes ».

Zac Taylor

Lorsque les Rams ont engagé Sean McVay en 2017, ils ont été parmi les premiers à décider de changer les choses en apportant des idées novatrices avec un jeune coach. A ce moment, McVay avait 30 ans, ce qui faisait de lui le plus jeune coach principal de NFL. Et le choix du GM Les Snead a rapidement payé car les Rams sont passés d’un bilan de 4-12 à un titre de division NFC West. Puis la saison suivante, McVay les emmenait déjà au Super Bowl. Depuis qu’il est en place, il n’a jamais connu une saison avec un bilan négatif, et dimanche, il aborde la finale comme favori pour remporter son premier trophée Lombardi.

Il n’est évidemment pas étonnant de retrouver des similarités dans le jeu offensif des deux équipes. Les Rams et les Bengals sont ainsi les équipes qui ont le plus utilisé certaines formations durant la saison. C’est le cas des « empty formations », c’est-à-dire lorsque le quarterback est seul sur le backfield, ou encore du « 11 personnel », qui signifie qu’un RB, un TE et 3 WR sont alignés.

Ce Super Bowl LVI apparaît donc comme une affirmation des jeunes coachs. Sean McVay il y a 3 ans, et Kyle Shanahan il y a 2 ans ont déjà participé au Super Bowl, mais pour la première fois, un coach de la nouvelle vague va remporter le trophée.


Matthew Stafford vs Joe Burrow – Quel QB va écrire sa légende ?

Il y a 3 ans, les Rams sont allés au Super Bowl avec Jared Goff comme quarterback. Il avait été bon cette saison, mais ses performances ont progressivement baissé ensuite. Sean McVay a donc réalisé que pour avoir une chance de retourner en finale, il devait changer les choses à ce poste. Son choix a été de recruter Matthew Stafford, sacrifiant au passage une partie du futur de la franchise (plusieurs choix de Draft).

Sur la première partie de la saison, le choix s’est avéré payant car Matthew Stafford s’est immédiatement intégré au système de Sean McVay, et il était un candidat sérieux pour le trophée de MVP. Il a ensuite connu un petit passage à vide, qui a coïncidé avec les mauvais résultats de l’équipe en novembre, puis a eu tendance à lancer trop d’interceptions sur la fin de la saison. Mais le très bon Stafford est revenu au meilleur moment et il a été très performant lors des 3 premiers matchs de playoffs. A la fois prolifique et propre, il a passé la barre des 300 yards sur ses 2 derniers matchs, il a lancé 2 touchdowns lors de chacune des rencontres, et il n’a été intercepté qu’une seule fois. Il a également montré son talent dans les situations cruciales, avec sa longue passe pour Cooper Kupp face aux Bucs, puis son comeback dans le 4ème quart-temps contre les 49ers.

Et on pouvait se poser des questions sur ses performances à ce niveau de la compétition, car son, expérience n’était pas extensive et peu glorieuse jusqu’ici. Pendant ses 12 saisons à Detroit, Matthew Stafford n’avait joué que 3 matchs de playoffs, tous perdus, et le QB affichait un ratio de 4 touchdowns pour 3 interceptions. S’il parvient à remporter le Super Bowl, avec un nouveau bon match, Stafford fera taire ses derniers détracteurs.

Matthew Stafford Rams
Matthew Stafford peut décrocher le titre suprême pour sa 1ère saison à L.A (photo : ABC)

En seulement 2 ans, Joe Burrow affiche autant de victoires en playoffs que Matthew Stafford, et il est surtout invaincu à ce stade de la compétition. Et cela remonte même au niveau universitaire, car il avait remporté ses 4 matchs de playoffs à ce niveau (3/3 l’année du titre et 1 Bowl).

Les interrogations étaient nombreuses en début de saison, car on ne savait pas dans quel état le QB allait revenir de sa grosse blessure au genou, subie lors de sa saison rookie. On a rapidement été rassuré, avec une première partie de saison parfois irrégulière mais globalement très solide. Puis Burrow a pris une dimension différente à partir du mois de décembre, en signant plusieurs prestations de très haut vol. Il a ainsi enchaîné deux matchs stratosphériques face aux Ravens (525 yards, 4 TD) et aux Chiefs (446 yards, 4 TD) pour permettre aux Bengals d’aller chercher le titre de division AFC North. Et le niveau de jeu s’est confirmé en playoffs. Il a ainsi été très propre face aux Raiders, avant de survivre à 9 sacks contre Tennessee, puis il a de nouveau pris le dessus sur Patrick Mahomes et les Chiefs en finale de conférence.

Même s’il est un peu tôt pour le comparer à Joe Montana, il est vrai que l’on peut voir des similitudes entre les deux joueurs. La décontraction et le niveau de jeu affiché par Burrow à ce stade de la compétition peut rappeler le Montana qui a changé la destinée de la franchise de San Francisco. Car la pression ne semble pas avoir d’emprise sur le jeune QB des Bengals. Lors de son premier match de playoffs en NFL, il a ainsi mis fin à 30 ans de disette pour sa franchise. La semaine suivante à Nashville, il est devenu le 1er QB victorieux après avoir subi 9 sacks. Puis 7 jours plus tard, il a réussi un superbe comeback pour faire chuter le double champion de l’AFC en titre. Ce week-end, Burrow a l’opportunité de commencer à construire sa légende NFL avec un titre.


Stafford / Kupp vs Burrow / Chase – Des duos QB / WR très dangereux

Parmi les similitudes entre ces deux équipes, on peut citer un jeu aérien dangereux, et une connexion fabuleuse entre un quarterback et un receveur. D’un côté, Matthew Stafford et Cooper Kupp ont signé une saison historique. De l’autre, Joe Burrow et Ja’Marr Chase ont reformé la connexion de LSU.

Arrivé dans un nouveau système cette année, Matthew Stafford n’a pas mis longtemps à se trouver un nouvel ami. Dès le premier match de la saison, on a senti que Cooper Kupp allait souvent être visé par le QB, et cela s’est confirmé journée après journée. Souvent aligné à l’intérieur, sur le slot, mais également capable de jouer sur l’extérieur et dans la profondeur, Kupp est passé tout proche des records NFL. Il a ainsi terminé la saison 145 réceptions, 1 947 yards et 16 touchdowns, et s’est offert la triple couronne en étant leader dans chaque catégorie. Coïncidence ou pas, Matthew Stafford est le quarterback des 2 saisons les plus prolifiques pour des WR : Calvin Johnson (1 964 yards en 2012) et Cooper Kupp… Cette alchimie entre Stafford et Kupp ne se dément pas en playoffs, puisque le WR a passé la barre des 100 yards lors des 2 derniers matchs et il a marqué 4 touchdowns, dont un doublé en finale de conférence.

Lorsque les Bengals ont décidé d’utiliser le 5ème choix de la Draft 2021 sur un WR plutôt qu’un OL, de nombreux experts ont fait la moue. A juste titre car Cincinnati devait absolument renforcer la protection de Joe Burrow, quelques mois après sa très grosse blessure au genou. Mais la franchise a décidé de faire plaisir autrement à son QB, en le réunissant avec son WR à LSU : Ja’Marr Chase. Le rookie ne va pas mettre longtemps à montrer ses qualités, avec un match à plus de 100 yards pour ses débuts et au moins 1 touchdown sur chacune de ses 3 premières sorties. Lors de la 7ème journée à Baltimore, il explose en signant 201 yards, une marque qu’il dépassera lors de la 17ème journée face aux Chiefs (266 yards, record rookie). En fin de saison régulière, Chase affichait 1 455 yards, un record pour un WR rookie. En playoffs, le duo continue sa domination, et avec 279 yards en 3 matchs, Chase possède déjà le record pour un rookie.

Pour tenter de contrer ces deux WR stars, les défenses auront fort à faire. Du côté de Cincinnati, c’est probablement Mike Hilton qui devrait s’occuper de Cooper Kupp en 1 contre 1. Le CB des Bengals fait partie des très bons défenseurs sur le slot, mais il aura du mal à couper la connexion à lui tout seul. L’aide la plus précieuse viendra des postes de Safety, avec Jessie Bates ou Vonn Bell. Le premier joue à très haut niveau depuis le début des playoffs et il est capable d’être l’un des facteurs X de cette rencontre. Pour le jeu plus court, le linebacker Logan Wilson, qui affiche 4 interceptions cette saison, peut venir aider Hilton. Pour Los Angeles, l’homme qui aura la mission de ralentir Ja’Marr Chase est Jalen Ramsey, l’un des meilleurs CB de NFL. Si Ramsey parvient à contenir seul Chase sur son « île », cela permettra également au reste de la défense de se concentrer sur les autres armes aériennes de Cincy, comme Tee Higgins ou Tyler Boyd.


Le pass rush des Rams vs la ligne offensive des Bengals – Mission protection

S’il y a une zone qui apparaît déséquilibrée c’est bien celle-ci. La ligne offensive des Bengals a souffert toute la saison, et Joe Burrow a été l’un des quarterbacks les plus souvent sacké (55). D’ailleurs, jamais un QB qui a subi autant de sacks n’avait atteint le Super Bowl… En face, le pass-rush des Rams est l’un des plus féroce de la ligue, avec 50 sacks sur la saison régulière (3ème de NFL).

La force du pass-rush de Los Angeles est sa diversité, car les pressions peuvent venir de l’extérieur comme de l’intérieur. Commençons par l’intérieur où Aaron Donald est le chef de chantier. Le triple vainqueur du trophée de Meilleur Défenseur est une menace constante et il est capable de prendre un match à son compte. Sur les extérieurs, les Rams ont recruté Von Miller en cours de saison, et après un départ poussif sous ses nouvelles couleurs, il a trouvé son rythme. Le MVP du Super Bowl 50 a ainsi signé 7 sacks sur ses 7 derniers matchs. Et son addition dans cette défense a permis de libérer un peu plus Leonard Floyd a l’opposé. Avec ce véritable monstre à trois têtes, il est très difficile de contenir le pass-rush des Rams.

Quand on sait que les Titans ont sacké Joe Burrow 9 fois lors du Divisional Round, on peut se demander comment le QB va terminer face à un pass-rush encore plus fort sur le papier. Mais le QB des Bengals a montré qu’il avait de la ressource. Déjà, gagner un match où on se prend autant de vagues est une performance, puis il a su adapter son jeu la semaine suivante en finale de conférence. Car si les Chiefs ont régulièrement mis la pression sur Burrow, ils n’ont réussi à le sacker qu’une seule fois. Le QB a souvent réussi à s’échapper grâce à ses jambes, lui permettant de gagner du temps pour trouver une solution.


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